Vélotaf : s'habiller pour sa destination, pas son trajet, vraiment?

Vélotaf : s’habiller pour sa destination, pas son trajet, vraiment?

La cyclosphère vélotaf est pleine de phrases toutes faites, assénées comme une évidence. Un point final à un débat qui n'en est plus un. Au panthéon de ces phrases je mettrais probablement, "Il n'y a pas de mauvais temps, que de mauvais vêtements" sur la première marche du podium. En seconde place, "Don't dress for the journey, but for the destination" (traduction libre : "Ne t'habille pas en fonction de ton trajet et ton mode de transport mais bien en fonction de ta destination finale". Phrase attribuée à Mikael Colville-Andersen¹ ). Ces phrases sortent en général de la bouche de son auteur (autrice) avec un ton définitif, un petit sourire en coin et n'appellent absolument aucune discussion ou aucun commentaire. Et si tu n'as pas compris, tant pis pour toi. Ici une tentative de rendre ringarde ces expressions, par la démonstration.

La bonne tenue vélotaf... Choisir entre esthétique et technique ? Pas forcément

Un parachute rien de tel pour ne pas rouler trop vite.

Et oui, souvent qualités techniques d'un vêtement ne rimaient pas avec qualités esthétiques. On avait donc le choix, ressembler à rien (ou pas grand chose) mais être bien confortable (par exemple, le pantacourt, la sandale allemande, le poncho). Ou alors être chic et élégant(e) et prier pour que la météo soit clémente. Ceci est de moins en moins vrai.


Bon nombre de marques de vêtements l'ont compris. Je pense par exemple à Wolbe Paris que nous mentionnions ici ou Edmée ici. Même si nous n'avons pas demandé à leurs créateurs, créatrices, nous pouvons penser que l'inspiration vient de marques spécialisées vélo comme Rapha, Pedaled ou encore Café du Cycliste. Des marques qui équipent les Raymond.e.s et qui savent que ces dernier.e.s, ça leur arrive aussi de pédaler en semaine pour aller au boulot.

Vélotaf "[...] Il n'y a que de mauvais vêtements"

Si seulement. Quelle assurance dans cette affirmation. Des supers vêtements, techniques, confortables, pas trop moches, il y en a plein. Il y en a plein aussi qui ne sont pas adaptés. Et comme il y a autant d'attentes différentes qu'il y a de cyclistes, le vêtement parfait pour Pierrette pourrait être le vêtement maudit pour Sylvaine. Et pourtant Pierrette et Sylvaine se croisent tous les matins, chacune se rendant à son bureau respectif. Nous ne sommes pas tous égaux devant la transpiration, le froid, le chaud, la pluie. Bien sûr, la pluie mouillera autant Sylvaine et Pierrette. L'une pourrait accepter sans ciller d'avoir des chaussettes mouillées toute la matinée quand l'autre, ne le supportera pas. Quand l'une ne sortira pas sous la pluie sans son ciré Guy Cotten®, l'autre portera à peine un coupe-vent.

Pour démontrer cette théorie de l'inégalité devant la météo, il suffit de regarder les cyclistes que vous croisez sur vos trajets pendant les intersaisons. Quand certains roulent en bermuda et bras nus, d'autres sont encore (déjà) drapés dans un manteau, une écharpe et des gants en laine. Evidemment certains cyclistes croisés un jour, se sont trompés. En engageant la conversation, ils regrettent ("je ne pensais pas qu'il ferait aussi chaud ce matin, j'en peux plus"), ou pas ("non, je suis bien là"). Pour preuve, ces photos prises à la volée lors d'une visite à Rennes courant mai.

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Lutter contre le fait d'être mouillé

L'étanchéité d'un vêtement se mesure en Schmerber. Weelz! vous proposait un billet sur ce sujet ici. Nous abordions aussi rapidement le sujet de la respirabilité. Parce que oui, se concentrer uniquement sur l'étanchéité du pantalon ou de la veste (ou des gants ou de vos dessous), c'est souvent l'assurance d'être malgré tout mouillé par l'effet de la condensation, la vapeur d'eau (sueur) dégagée par votre corps pendant votre effort de pédalage (qu'il soit soutenu ou pas). Le vêtement parfait n'existe pas vraiment. Il va falloir choisir si on préfère être mouillé par la pluie ou sa propre production corporelle².

Batwoman se déplace en vélib'.

Tout ça pour dire qu'il y a de multitudes de conditions météorologiques, que chacun, chacune trouvera sa tenue adaptée aux conditions du jour, en fonction de ses propres critères. La combinaison de vêtements parfaits sera trouvée de manière empirique, par chacun.

"Dress for the destination, not for the journey"... Alright

L'empirisme, c'est ça.

"En décidant de pédaler [...] il se peut que votre garde robe évolue."

(Pour la traduction en français, remontez à l'introduction de cet article). Cette affirmation est trop sibylline pour être véritablement un conseil. En décidant de pédaler plutôt que marcher, se poser dans un transport en commun, s'assoir dans une voiture, sur un scooter, ou encore se tenir debout sur une trottinette, il se peut que votre garde robe évolue.

Parce que votre robe préférée pourrait ne pas s'avérer terrible pour pédaler. Parce que votre blazer qui vous donne cette assurance légendaire pourrait s'avérer trop étriqué pour poser vos mains sur le cintre confortablement. Plein de bonnes raisons, qui vous sont propres. Petit à petit, de manière empirique encore, vous adapterez votre tenue en fonction de votre mode de déplacement, même si votre environnement de travail, lui, ne change pas.

Vous l'aurez compris il n'y a pas plus de mauvais temps que de mauvais vêtements. Il n'y a que des mauvaises affirmations mystérieuses, posées là, sans autre forme d'explications.

¹ Mikael Colville-Andersen, grand gourou danois de la mobilité vélo.
² Un très bon article sur le sujet imperméabilité, respirabilité est proposé sur ce site qui cause d'alpinisme (un milieu autrement plus spécifique que le déplacement à vélo au quotidien).

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