Concours de Machines 2022, des artisans vélo à foison

Concours de Machines 2022, des artisans vélo à foison

Développer, structurer, créer une "filière économique vélo" est à la mode en ce moment. Et c'est une très bonne chose. Tenter d'organiser tout cela pour que le vélo en France pèse de plus en plus et de mieux en mieux dans le paysage économique de l'hexagone. L'association du Concours de Machines n'a pas attendu 2022 pour mettre en valeur les vélos Made in France. Et Made in ailleurs aussi. Retour sur l'édition 2022 qui s'est déroulée au vélodrome Jean Stablinski à Roubaix (le Stab).

1903, une année faste pour le vélo Français

1903. Cette année là, deux événements cyclos vont marquer la France et l'inscrire comme une nation majeure dans le paysage mondial du bicloune. En 1903 fut organisé le premier Tour de France cycliste. Cette compétition que vous connaissez tous, qui deviendra la plus grande course cycliste du monde. Le troisième événement sportif le plus suivi dans le monde ; derrière les Jeux Olympiques et la coupe du monde de Football. Ce qui nous intéresse aujourd'hui est moins sportif que technique. Le concours de Machines fut aussi créé en 1903. C'était dans les Pyrénées, organisé sous la houlette du Touring Club de France.


Touring club de France, l'anti Tour de France ?

Le chalet du Touring Club de France en 1898 (le premier Bike Café ?)

En quelques sortes oui. Quand d'un côté l'union vélocipédique de France (créée en 1881, l'union devient la Fédération Française de Cyclisme en 1940) ne s'intéresse au développement du vélo que sous le prisme de la compétition, le Touring Club de France, créé en 1890, a comme idée de soutenir le développement de la bicyclette comme un outil de loisir accessible et populaire. Promouvoir le vélo comme moyen de déplacement. Enfin comme son nom l'indique, le Touring club de France, est une organisation qui fait la promotion du tourisme. Le vélo est un outil parmi d'autres (Motocyclisme, randonnée pédestre, alpinisme, randonnée à cheval).

L'idée du Concours de Machines

En visite chez Cyfac

Faire travailler les différents artisans dans un cadre défini, avec un cahier des charges différents tous les ans. Créer une émulation. Encourager les innovations, les tester, les valider. Ce n'est pas une compétition sportive. Dans laquelle le premier qui arrive a gagné. C'est une compétition technique, sur la machine.

"L'artisan qui gagne est donc bien celui qui propose le vélo le plus audacieux mais aussi le plus fiable"

Avec un passage au peigne fin des solutions proposées avant d'aller rouler. Puis un passage au peigne fin de la machine après les 400 ou 600km de la partie roulage. Les machines sont plus ou moins fiables. Chaque défaillance technique va retirer des points au constructeur. L'artisan qui gagne est donc bien celui qui propose le vélo le plus audacieux mais aussi le plus fiable.

L'artisanat vélo contre la production de masse

Parité chez Avalanche Cycles

L'autre idée du concours de machines est là. Démontrer que des vélos proposés par des artisans sont des solutions intéressantes, voire même supérieures. Il convient de contextualiser malgré tout. Au début du XXème siècle, la production de vélos en masse n'est pas encore tout à fait la norme. La recherche d'une productivité pas cher est évidemment déjà dans les esprits. La fabrication mondialisée n'est pas encore une vérité. En 1903, Taïwan est loin. Une production de cadres ou composants (dérailleurs notamment) venant d'Asie n'est pas encore un sujet.

Renaissance sous l'impulsion des Cycles Victoire et le magazine 200 en 2016

Après plusieurs décennies d'absence (la dernière édition aurait eu lieu en 1949), le magazine 200 le vélo autrement et Cycles Victoire relancent la machine. Le concours revient. Avec le respect du même esprit. Un cahier des charges précis, un parcours, une commission technique qui s'assure que le cahier des charges est respecté. Cette commission technique qui vérifie l'état des vélos après les 363 kilomètres de l'épreuve.

Les Cycles Khelys en inspection - Photo © Créa Lens

Cette année là, 18 artisans présentent leur machine. La proposition des Cycles Victoire remporte la palme. De l'extérieur, on peut s'étonner de ce résultat. Victoire seraient-ils juges et partis ? La commission technique est-elle absolument indépendante ? D'un autre côté, il nous semble que la véritable victoire est bien la renaissance de ce concours de machine. La machine est en marche.

2017-2021

En 2017, 24 artisans s'alignent et ils viennent des 4 coins du globe. Des propositions du Japon, de la Suède, de Slovaquie ou encore des Etats-Unis côtoient les propositions de nos artisans régionaux, pour ne pas dire locaux. L'acier le bambou ou encore le titane sont de la partie. L'artisan du Tarn et Garonne PechTregon remporte la mise. 2018, c'est le thème du VTT qui est mis à l'honneur.

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2019, il faut proposer un vélo bâti pour affronter le Paris-Brest-Paris, 28 concurrents. Victoire est encore victorieux. 2020, pandémie, pas de concours. 2021, le cahier des charges met l'accent sur le bivouac, la convivialité. Avoir un vélo conçu pour une sortie tout terrain en montagne en autonomie. 21 propositions et les cycles Cadence sont sur la plus haute marche du podium. 2022, on va vous en parler dans les lignes qui suivent. 2023, retour du Paris-Brest-Paris. On attend le cahier des charges.

Concours de Machines 2022 - Le carbone gagne

12 artisans viennent montrer leur savoir-faire. Le cahier des charges revient aux origines du Concours de Machine. Construire et proposer des vélos légers, résistants et polyvalents. Le test sera sans pitié puisque les coureuses partiront de Roubaix et devront rouler sur un parcours bien exigeant. Pavés de la région et cols des Flandres sur environ 200km.

La particularité de cette année ? Les cyclistes engagées ne peuvent être que des femmes. Les artisans ? On ne regarde pas leur genre. D'ailleurs, sauf si on se trompe, en France, une seule femme est artisan cadreur, il s'agit de Swanee Ravonison, à la tête des ateliers Pariah. Elle était de la partie, avec son vélo tout noir. Vous pouvez retrouver les détails de cette édition soit sur la page Facebook ici, soit sur la page du site Artisans du cycle, là. Enfin à noter aussi, l'artisan qui a remporté le premier prix est Cyfac. Qui est venu avec une proposition de vélo, full carbone (photos ci-dessus), avec des solutions d'amortissements sur la fourche et les haubans plus qu'intéressants. D'autres vélos artisanaux participants ci-dessous (photos : Créa Lens).

Association Les artisans du cycle

C'est aujourd'hui une association qui regroupe une bonne quarantaine d'entreprises, réparties un peu partout sur le territoire national. Ce qui nous a frappé lors de notre visite à Roubaix c'est ce mélange de profils qui cohabitent sur un même concours.

Certains artisans ont une production connue et reconnue. Cyfac pour les nommer, c'est une équipe qui oscille entre 15 et 20 personnes. Nous vous en parlions ici. Nous oserions presque, annoncer que c'est de l'artisanat industriel ! Des vélos de série sous la marque Méral, de la production (tout ou partie) pour d'autres marques (Dilecta par exemple (plus pour longtemps si nos informations sont bonnes)) et bien entendu des vélos sur-mesure. D'autres artisans sortent quelques vélos par an. Quand ils ont le temps. Ce n'est pas leur métier, simplement un passe-temps couplé à un sacré savoir-faire.

Le concours de machine, une vitrine

Cela pourrait paraître injuste de mettre dans la même catégorie l'entreprise qui sort des centaines de vélo par an de leurs ateliers avec d'autres qui n'en sortent même pas 10. D'un autre côté ce que nous trouvons intéressant dans cette démarche, c'est justement de pouvoir, le temps d'un concours, mettre en relation les uns avec les autres. Permettre aux professionnels de partager leur savoir-faire avec des amateurs. Favoriser l'échange et mettre à l'honneur finalement tous ces artisans qui se lancent dans la production d'un vélo, unique, vitrine de leur savoir-faire.

Concours de Machines, la suite ?

Comme évoqué, le concours de machines 2023 est organisé autour du thème du Paris-Brest-Paris. On peut imaginer que le cahier des charges va exiger des vélos faits pour rouler longtemps, loin, vite, confortablement, en toute sécurité. Les éclairages, garde-boues seront probablement de la partie. Dans l'esprit du Touring Club de France qui souhaitait promouvoir le vélo comme outil de mobilité.

On pourrait imaginer en 2024 un thème autour des Jeux Olympiques ? Proposer un vélo parfait pour se rendre d'un site d'épreuves à un autre. Ou encore, un cahier des charges autour du vélo cargo. Entre le longtail, le biporteur et le porteur à plateau avant, comme proposé aujourd'hui par Belleville Machine, il y a de quoi innover et proposer de belles choses. Si vous souhaitez écouter l'émission radio dans laquelle Andreas Behrens (organisateur du concours de machines 2022 et fondateur de La Fraise Cycles), émission qui fut diffusée le 30 mai 2022.

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