Auto, Vélo, adrénaline ou endorphines ?

L'image du furieux stressé et énervé dans sa voiture est devenu un cliché. Fort heureusement, entrer dans sa voiture ne nous transforme pas systématiquement et immédiatement en une sorte d'animal défendant farouchement son territoire. Je dirais même que mon expérience personnelle, en tant qu'automobiliste, motard et cycliste, tend à me montrer une certaine pacification des mœurs et de la cohabitation entre ces populations. Deux cyclistes se croisant se font souvent un petit signe, ce qui n'était que rarement le cas il y a vingt ans. Les voitures se serrent spontanément pour laisser passer des motards sur les voies encombrées du trajet quotidien.

Il n'en reste pas moins qu'en auto, la tension monte vite à la moindre occasion. Un simple manque de courtoisie se traduit souvent par un énervement, si ce n'est plus. Il nous suffit d'être suivi d'un peu trop près par une voiture pour sentir monter un agacement envers ce conducteur ressenti comme un agresseur violant notre espace personnel. Et parfois, soudaine et imprévisible, c'est la montée d'adrénaline. Cette hormone générée par la peur ou la colère, qui fournit une bouffée d'énergie immédiatement utilisable, a pour dessein initial dans la nature de préparer l'animal à la réaction face à un danger, le combat ou la fuite.


A côté de cela venir au travail à vélo, en suivant un itinéraire soigneusement choisi pour éviter, ou tout au moins limiter les passages désagréables, procure tellement de plaisir. Je ne compte pas le nombre de fois où je me suis arrêté durant mon trajet le matin, pour profiter d'un instant, un paysage ou une impression, et me sentir privilégié. Et je ne parle pas de l'agréable sensation de sentir son corps effectuer cet effort, modéré ou intense selon l'humeur du moment, avec tout le plaisir de se sentir pleinement vivant.

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Le temps de vivre...Et puisque je parlais d'hormone, voyons ce qu'il en est de la pratique du vélo. De nombreuses études sur les pratiquants de sport d'endurance ont montré que, lors d'un effort de longue durée, le corps s'adapte à l'effort en générant des endorphines, sortes d'anesthésiants soulageant de la douleur musculaire. Ce phénomène se produit à partir d'une vingtaine de minutes, et ces endorphines, que certains ont appelé la drogue des coureurs de fond, restent présentes dans le sang durant environ six heures, ce qui se traduit par une meilleure humeur et une moindre irritabilité.

Ainsi, la chimie du sang nous explique pourquoi nous sommes si bien après un effort modéré, et si tendu suite à un stress ou une agression.

Mais tout cela est un peu réducteur, peut-être trop cartésien. Fort heureusement, il n'est pas nécessaire d'entrer dans ces considérations physico-chimiques pour apprécier tous les bons côtés d'une promenade à vélo. Et, cerise sur le gâteau, cela permet également, pourquoi pas, de mieux profiter, et ressentir plus pleinement le plaisir qu'il y a à écouter une sonate de Bach à l'autoradio, lors d'une pluie froide et continue. Ce jour-là, on n'aura pas pu prendre le vélo, et ce plaisir différent aidera ceux qui ont pleinement goûté aux joies du vélo à patienter jusqu'à une amélioration du temps.

En attendant, reprenez donc un verre d'endorphines
Hervé Bellut, Président de l'Organisation Bus Cyclistes

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