Armistice du 11 novembre – le vélo durant la première guerre mondiale — Weelz.fr
Armistice du 11 novembre – le vélo durant la première guerre mondiale

Armistice du 11 novembre – le vélo durant la première guerre mondiale

Nous célébrons aujourd'hui la signature de l'armistice du 11 novembre 1918, marquant la fin de la première guerre mondiale¹. Pour ce 104e anniversaire, nous avions envie de vous parler du rôle du vélo durant ce conflit. On y évoque un groupe de chasseurs cyclistes et une bicyclette pliante Gérard. La suite ci-après.

Avant l'armistice du 11 novembre, des camions, des trains...et des vélos

Illustration de Maurice Pillard Verneuil représentant la signature de l’armistice du 11 novembre 1918 dans le wagon-restaurant du maréchal Foch

Bien avant que le Maréchal Foch ne se retrouve à bord du wagon-restaurant dans la fameuse clairière de Rethondes en foret de Compiègne, face à Matthias Erzberger, pour faire signer l'armistice le jour du 11 novembre 1918, des millions de soldats se sont rendu vers le front. Le plus souvent à pied, parfois transportés à l'aide de camions ou encore en train. Certains bénéficiaient d'un véhicule moderne, rapide, peu cher et très résistant : le vélo.


Le 6e groupe de chasseurs cyclistes

C'est le cas des groupes de chasseurs cyclistes. C'est le 4 avril 1913 qu'un décret prévoit la constitution de dix groupes d'infanterie cycliste. Ils font partie intégrante des divisions de cavalerie. C'est une extension des bataillons de chasseurs à pied. C'est à Lyon que se forme le 6e groupe de chasseurs cyclistes.

Durant la première guerre mondiale, le groupe de soldats cyclistes est envoyé en lorraine dès août 1914, pour la surveillance de la frontière. Grâce à leur bicyclette, leurs déplacements sont silencieux et leur permet de passer par des zones inaccessibles aux véhicules motorisés. Après un premier baptême du feu à Herbévillier, ils pédalent jusqu'à Sarrebourg, puis se replient vers Lunéville.

En septembre 1914, ils sont sur le front de la Marne, puis sont envoyés à Hazebrouck, où ils resteront dans les Flandres jusqu'en novembre. De violents combats ont lieu dans la commune belge de Zonnebecke. Le groupe cycliste est décimé : sur les 500 fantassins et officiers que comptait le 6e GCC, 70 seulement reviennent du combat.

Reformé en 1915 à Compiègne, le groupe va combattre en juillet dans les Vosges, avec à nouveau de lourdes pertes à Launois. Ils participent également aux batailles de Champagne. En 1916, le 6e GCC est mis en cantonnement en Lorraine, puis en Alsace au début de l'année 1917.

Le 10 avril 1917, dans l'Aisne, ils participent à la bataille du Chemin des Dames. Suite à une grande offensive allemande dans l'Oise en mars 1918, les soldats à vélo sont envoyés vers Soissons, où se déroulent la contre-attaque alliée (seconde bataille de la Marne). Lors la guerre s'achève, le 6e groupe de chasseurs cyclistes restera en garnison à Versailles jusqu'à la fin juillet 1919. Le groupe est finalement dissous en 1929.

La bicyclette pliante du Capitaine Gérard

Le vélo est un "symbole du progrès et de la modernité, réservé au début à une élite bourgeoise" comme indiquait Frédéric Héran dans son ouvrage "Le retour de la Bicyclette". Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, puis la première guerre mondiale, il fut aussi un outil de déplacement pour les soldats. En 1892, un certain Charles Morel, industriel grenoblois, imagine un prototype de bicyclette pliante.

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De son coté, le lieutenant Henri Gérard réfléchit à un concept de vélo pliant pour équiper les soldats. Pour Gérard, il était plus malin de "faire porter le cycle par le cycliste là où le cycliste ne pouvait être porté par le cycle". Les deux hommes vont collaborer ensemble et présenteront "La pliante" au Salon du Cycle à Paris en 1894. Avant la guerre, la bicyclette pliante du capitaine Gérard atteint une certaine notoriété. Elle est vendue à la population civile 300 Francs. En 1901, 150 hommes du lieutenant Henri Gérard défilent en bicyclette pliante à Longchamp pour le 14 juillet².

Plus tard, rompant son contrat avec Morel, Gérard vend le brevet à l'entreprise Michelin en 1899. Et c'est la société Peugeot qui va ensuite produire ces bicyclettes, jusqu'en 1919. Elle sera légèrement remaniée, avec la modification du cintre et l'ajout de garde-boue.

Henri Gérard décède en 1908. Mais sa bicyclette pliante va être utilisée durant le conflit de 1914-1918 par les bataillons de chasseurs cyclistes français (lire ci-dessus) mais aussi par les armées roumaine ou encore russe. Elle est construite en acier, possède une charnière centrale ainsi qu'un cintre et une tige de selle réglables. Le vélo n'a qu'une seule vitesse, en pignon fixe. Il pèse 13 kilos et se transporte replié sur le dos, en permettant notamment au soldat de pouvoir tirer genou à terre sans être gêné.

D'après nos recherches, et particulièrement ce témoignage, il semble que le transport de ces bicyclettes n'était pas de tout repos. Devoir courir sous le feu ennemi avec ce vélo sur le dos, plus votre lourd paquetage devait être une gageure. C'est notamment la pédale qui, une fois le vélo replié, rendait l'exercice encore plus douloureux. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette bicyclette pliante Gérard, vous pouvez visionner cette conférence du généalogiste et historien Christophe Lagrange.

Un conflit actuel, aux portes de l'Europe

Nous ne pouvons conclure ce billet sans avoir une pensée pour nos voisins ukrainiens. De nombreux clichés montrent des civils se déplaçant à vélo dans des villes détruites. D'autres montrent des civils abattus, en selle. Nous vous épargnons ces clichés. Bien entendu, nous pensons aussi à la population russe. Vous avez certainement en tête ses images, d'hommes fuyant la mobilisation partielle fin septembre. Une mobilisation des réservistes qui n'est rien d'autre qu'un aller simple vers la mort. Ils fuient à vélo vers la frontière Géorgienne (à vélo puisque la loi stipule qu'on ne peut franchir la frontière à pied³).

¹ L'armistice ne signe pas véritablement la fin de la guerre, mais un cessez-le-feu. L'Allemagne n'a pas encore capitulé. Le conflit se termine officiellement le 28 juin 1919 avec le traité de Versailles.
² Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que le défilé du 14 juillet se tiendra sur les Champs-Élysées. Les hommes de Gérard sont descendus à Paris à vélo depuis Sedan en 3 jours, soit environ 80 km par jour.
³ Retrouvez l'article du Parisien là (réservé aux abonnés).

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