30 minutes d'activité physique à l'école, et si l'enjeu était aussi en dehors du cadre scolaire

30 minutes d’activité physique à l’école, et si l’enjeu était aussi en dehors du cadre scolaire

12,2 millions d’élèves vont faire leur rentrée 2022 le jeudi 1er septembre prochain. Une rentrée qui marquera le début de la généralisation des 30 minutes d'activité physique quotidienne dans les écoles. Ce dispositif entend faire bouger nos jeunes concitoyens, dans le cadre d'activités inscrites au planning des journées scolaires. Et si finalement, l'enjeu principal de cette sédentarité ne se jouait pas plutôt en dehors de l'établissement scolaire ?

30 minutes d'activité physique pour vaincre la sédentarité des jeunes

Jean-Michel Mouille Maillot

« 30 minutes d’activité physique quotidienne » - Plus d’activités physiques et sportives, dès l’école primaire : c’est l'objectif que se fixe le Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, l’Agence nationale du Sport. Une mesure créée en lien avec le comité d’organisation Paris 2024. Vous avez sans doute en tête ces très belles images de Jean-Michel Blanquer en pleine séance d'exercice physique dans une cour d'école. On attend celles de notre nouveau ministre de l'éducation, aka Pap Ndiaye.


Une activité physique qui permet d'être en meilleure santé, et intrinsèquement d'améliorer l'apprentissage scolaire. "Être en bonne santé est une condition préalable fondamentale pour bien apprendre" nous dit le site du Ministère. Pourtant, selon l'agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), le niveau de sédentarité explose chez les plus jeunes. "Deux tiers des 11-17 ans se situent à un niveau de risque élevé" précise l'agence.

Entre renoncement de l'activité physique, augmentation exponentielle du temps d'écran et modes de transport motorisés constants, cette sédentarité entraine surpoids, obésité, diabète, anxiété, troubles du sommeil et de l'alimentation, pathologies cardiovasculaires.

La voiture : premier mode de transport scolaire

12,2 millions d’élèves qui reprennent le chemin de l'école pour cette rentrée 2022, cela représente le double de déplacements domicile - établissement scolaire, que votre rejeton soit en maternelle, primaire, collège, lycée ou en étude supérieure. D'après cette enquête de l’institut de sondage IFOP pour Eco CO2, la voiture est le premier mode de transport scolaire (30%). La part atteint même 45% pour les enfants scolarisés en maternelle.

"39% des élèves habitent à moins de 2 km de leur établissement"

Comme vous le voyez sur l'infographie ci-dessus, la marche à pied ne représente que 25%. La part du vélo est marginale - à peine 2%. Pourtant, toujours selon cette même enquête, 39% des élèves habitent à moins de 2 km de leur établissement et 64% dans un rayon de 5 km. Cela donne une idée de la gigantesque marge de progression qui pourrait s'opérer concernant les modes de déplacements actifs.

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D'autant que 54% des parents souhaiteraient le développement de l'usage de ces modes actifs (marche, trottinette, vélo). Parmi les parents sondés, ils sont 41% à vouloir des espaces piétons mieux sécurisés, et 36% à réclamer de meilleures infrastructures cyclables. Dans une écrasante majorité - 97% - c'est la sécurité de l'enfant qui prime dans le choix du moyen de transport. Et 55% des parents jugent que le manque de sécurité est un frein aux déplacements actifs.

L'activité physique doit pouvoir être applicable en dehors de l'école

C'est le serpent qui se mord la queue. On a d'un coté des parents qui privilégient la voiture pour la sécurité de leurs enfants, et de l'autre des parents qui jugent que l'environnement n'est pas assez sécurisant pour que leur enfant se déplacent autrement, alors même que les distances seraient largement réalisables pour beaucoup d'entre-eux.

Le kit sportif "30 minutes d'activité physique quotidienne" de Génération 2024
Le kit sportif "30 minutes d'activité physique quotidienne" de Génération 2024
(c'est ça ou une piste cyclable en bas de chez vous...)

D'après le comité Génération 2024, il n'y a pas de "meilleur endroit que l’école pour transmettre les bonnes habitudes actives à tous les enfants". Bien que l'on reconnaisse le rôle éducatif des établissements scolaires en la matière, nous pensons également que l'enjeu se situe aussi en dehors de l'école. A quoi bon vouloir éduquer nos enfants à l'activité physique, s'ils ne peuvent l'appliquer concrètement dans le monde réel (que ce soit pour s'y déplacer ou même tout simplement pour y jouer). Car ici on ne parle évidemment pas de sport. D'ailleurs le comité précise que "ces 30 minutes quotidiennes d’activité physique ne se substituent pas aux 3 heures d’EPS obligatoires".

L'autre problème soulevé par ces 30 minutes d'activité physique, c'est justement les modalités et les conditions d'application durant la journée. Les agendas sont déjà bien remplis et surtout, le manque de personnel éducatif est criant pour cette rentrée 2022. De nombreux établissements vont sans doute avoir du mal à appliquer ce dispositif.

Les actions du Ministère de l’Éducation Nationale stoppent là où celles du Ministère de la Transition Écologique commencent. L'ambition de faire bouger nos enfants est louable. Elle doit aussi s'accompagner de mesures concrètes pour améliorer les conditions de circulation et promouvoir les modes de déplacements actifs pour se rendre à l'école. On appelle cela faire d'une pierre, deux coups.

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