17 novembre, illustration d’un clivage ?

17 novembre, illustration d’un clivage ?

Ce qu'il se cache derrière cette histoire de carburant...

On peut le comprendre, il n’est pas plaisant de voir son budget transport gonfler. Pourtant, le carburant ne pouvait pas rester à des niveaux si bas très longtemps. C'est également le cas des autres énergies, mais la pompe à essence a un effet exacerbé sur le moral du portefeuille. Alors les "gaulois" râlent...

Tous? non, pas tous, quelques irréductibles résistent à ce sentiment, Sur les réseaux sociaux, le mot clé #sansmoile17 est très présent, et parfois moqueur sur les automobilistes mécontents. Cette virulence, des deux côtés, m’a surpris, j’ai cherché à creuser un peu plus loin que les apparences pour tenter de comprendre ce mouvement. Je vous expose mes conclusions.

Une vraie problématique de déplacements et d'urbanisme

Distance domicile travail, horaires, coût du logement, déplacement professionnels... il n’est pas possible pour tous de se passer de leur voiture pour le quotidien. Par exemple, si l’offre de transport en commun est défaillante, et que les deux conjoints travaillent à plusieurs dizaines de km l’un de l’autre, il parait évident que les choix de logement et de transport se font par rapport à l’automobile.

C’est un mouvement de fond qui dure depuis plusieurs décennies. Il venait avec la promesse d’un cadre de vie plus agréable à coût raisonnable. Par conséquent, une bonne partie de la population s'est éloignée de son lieu de travail et les zones géographiques se sont spécialisées (zones d’activité, zones commerciales, zones résidentielles…). Ça s’appelle l’étalement urbain, d’autres que moi en parlent bien mieux. Je vous invite, notamment, à lire le blog d’Olivier Razemon.

"les habitants ne voyaient pas le risque lié à la dépendance à l’automobile" Cette logique était validée par les habitants qui ne voyaient pas le risque lié à la dépendance à l’automobile. De plus, les élus locaux y voyaient l’occasion d’attirer de nouveaux habitants ou de nouvelles activités. Des infrastructures routières efficaces fluidifiaient le mouvement, au détriment des autres modes de transport. L’automobile servait d’huile dans le moteur du quotidien.

Sauf que la réalité commence à sérieusement remettre en cause ce modèle, et tous ne perçoivent pas ce changement. Le mouvement d’étalement urbain n’est pas encore complètement enrayé, et il faudra des années d’efforts par la suite pour le réduire. Cette petite vidéo Québécoise illustre bien les problématiques et certaines solutions :

Mais alors, qui sont ces fameux gilets jaunes ? et pourquoi tant de haine ?

Les personnes qui comptent bloquer les routes le 17 novembre sont avant tout les victimes de ce début de changement de modèle. Une part d’entre eux connaissait l’inéluctable, mais ils n’imaginaient pas l’impact sur leur quotidien. D'autres étaient bien trop occupés à joindre les deux bouts pour s'en préoccuper, et se retrouvent encore un peu plus précarisés par la situation.

Ces mêmes populations sont aussi parfois exposées à la restructuration des services publics, à leur détriment. Il ne servira à rien de culpabiliser les uns ou les autres. Ils doivent être écoutés, soutenus et accompagnés pour ne pas se retrouver exclus à l’avenir.

Sur le même sujet  Voitures et motos n'ont pas besoin de plus de partage, mais de plus de contraintes

D’autre part, certains ont fait des choix de vie qui leur ont permis d’anticiper  le changement. On les qualifie parfois de bobos ou écolos ou autre mots péjoratifs, des qualificatifs très exagérés... Ces personnes ont juste perçu un peu avant les autres que la voiture pourrait devenir un problème dans leur vie personnelle et familiale. Ils ont fait des choix de logement/travail en conséquence. Le vélo faisant partie des alternatives efficaces, je pense qu'une partie des lecteurs se reconnaîtra dans ces lignes.

Le clivage entre les deux parties semble fort, les premiers voyant dans les seconds des privilégiés qu'ils ne sont pas forcément. Les seconds ressentant les premiers comme des réactionnaires symboles de la violence routière quotidienne. Là encore, ce sera souvent faux. Saupoudrez un peu de récupération politique par dessus, et on obtient une escalade dangereuse de quelque chose qui, au départ, pouvait paraître anecdotique.

Justement, et le vélo dans tout ça?

"Le vélo peut être une part importante de la réduction de l'utilisation de l'automobile" Les lecteurs de Weelz.fr sont surement plus sensibles à la propulsion au jus de mollet qu'à celle à essence. Le vélo peut être une part importante de la réduction de l'utilisation de l'automobile. Dans un rayon d'une dizaine de kilomètres, il est un mode de déplacement souple, efficace et économique. Au delà de cette distance, le vélo ne suffit plus, mais on peut l'associer à d'autres modes, trains, bus, ou covoiturage. Des aménagements seront nécessaires pour favoriser la multimodalité, notamment en terme de stationnement ou de transport des vélos. Les espaces ruraux sont sans doute plus compliqués à gérer de ce point de vue, mais ils ne doivent pas être laissés pour compte.

Une réelle prise de conscience a démarré chez nos politiques. La loi d'orientation des mobilités et un plan vélo national inédit en sont l'illustration. Mais pour voir des résultats rapidement, les ambitions et les moyens ne seront pas suffisants. La copie sera à revoir, inévitablement...

Et ensuite ?

"Bâtir une vision commune et réduire la dépendance de chacun au carburant" On saura assez vite si il s'agit d'une poussée de fièvre sans suite, ou une vraie crise profonde. Mais cet épisode est révélateur d'une différence importante dans la perception du mouvement de la société. La récupération politique de tous bords qui entretiennent les braises pour leur propre agenda aggrave la situation. Cette situation est un signal d'alarme, mais des solutions existent. L'état,  les territoires et leur population doivent s'en saisir. Ainsi, Nous pourrons bâtir une vision commune et réduire la dépendance de chacun au carburant...

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