Utrecht, une journée dans une ville cyclable et vivable

5 septembre 2017

"Tu vois Xavier, par exemple, on doit refaire cette piste cyclable, elle n'est plus adaptée". Conversation irréelle, au moment où nous passons sur une longue artère qui relie le nord-ouest d'Utrecht avec le centre-ville.

Piste plus adaptée certes, mais selon des standards néerlando-utrechtois. Nous roulons sur une piste unidirectionnelle d'environ 1,5m de large, séparée du trafic automobile à gauche et du trottoir à droite, et qui, selon mes yeux de cycliste urbain franco-français, me paraît plus que correct.

L'auteur de cette phrase, c'est Frans Jan Van Rossem. Il est responsable du programme vélo de la ville d'Utrecht depuis 3 ans.

L'homme est un amoureux de sa ville. Il est né et a grandi ici. Il a donc assisté à l'incroyable évolution de cette cité en pleine mutation.

Utrecht est la quatrième ville des Pays-Bas en terme de population, environ 316.000 habitants. Mais elle grandit très rapidement. Sa gare est le plus important hub de voyageurs du pays. Pour vous donner un ordre d'idée, elle transite plus de passagers à l'année que l'aéroport international d'Amsterdam-Schiphol !

Cela s'explique par sa position géographique. Elle est située au carrefour des principales métropoles néerlandaises - Amsterdam, Rotterdam et La Haye à l'ouest et Arnhem-Nimègue à l'est.

Au-delà de Trecht

C'est par un peu d'histoire que j'ai débuté ma visite, avec le sympathique Edwin, mon guide spécialement envoyé pour Weelz.fr par l'office du tourisme de la ville. L'homme, amateur autant d'histoire que de cyclisme, est fier de me rappeler que Utrecht était la ville du Grand Départ du Tour de France en 2015.

C'est dans un excellent français qu'il est revenu sur l'historique de la ville. C'est un ancien poste frontière romain situé sur le Rhin qui portait le nom de Traiectum, traduit en néerlandais par Trecht.

Les habitants, eux, se sont installé de l'autre côté du fleuve. Utrecht signifie donc littéralement "Au-delà de Trecht".

Fort d'une période religieuse très active durant plusieurs siècles, la ville possède un nombre considérables d'églises. Mais je m'arrête ici pour le cours d'histoire, revenons au vélo...

La priorité, c'est le vélo

Retour avec Frans Jan, mon second interlocuteur de la journée, qui m'a donc guidé pour observer le réseau cyclable et les infrastructures réalisées. Nous faisons un bref arrêt à l'intérieur de la mairie. L'imposant bâtiment flambant neuf a à peine un an. Construit en forme de "U", il jouxte directement la gare. Il abrite près de 3500 fonctionnaires.

Là, Frans Jan me montre la physionomie de la ville à l'aide d'une grande maquette en bois qui trône dans le hall d'accueil de la mairie. Comme dit plus haut, la cité rhénane est en pleine mutation.

Séparée en deux par son vieux canal. La vieille ville, très pittoresque et touristique, à l'est. La ville moderne, où les constructions de nouveaux bâtiments s'enchaînent, à l'ouest. Au-delà de la ligne ferroviaire se construit un gigantesque nouveau quartier, le Leidsche Rijn, prévu pour accueillir à terme 85.000 nouveaux habitants.

Entre anciens et nouveaux habitants, cela représente un nombre considérable de personnes se déplaçant quotidiennement. La ville est également un pôle universitaire important. Un challenge intéressant selon Frans Jan. Sa priorité est claire : un maximum de monde à vélo !

Priorité est donnée à ce mode de déplacement, avant les piétons, les transports en communs et bien sûr l'automobile. Il est épaulé par son supérieur direct, l'adjoint au maire en charge des transports, lui aussi pro-vélo.

Il faut reconnaître que le "Monsieur Vélo" de la ville, bénéficie d'un budget confortable : 194 Millions d'Euros à dépenser en cinq ans. À titre d'information, le budget vélo de Paris (ville 10 foix plus grande) est de 150 Millions d'Euros.

Le plus grand parking à vélo du monde

Après la présentation théorique, il est temps d'enfourcher nos vélos pour aller voir cela en vrai. On récupère nos montures dans le "petit" parking vélo situé sous le bâtiment, seulement 2000 places… Parking qui d'ailleurs met à disposition des fonctionnaires, des VAE et des vélos cargo électriques.

Mais avant de parcourir la ville, passage obligatoire par un autre parc de stationnement vélo, celui dont je vous parlais déjà l'année dernière et qui n'est rien d'autre que le plus grand parking à vélo du monde ! Il est situé sur la place Jaarbeursplein, juste en dessous de la gare (les grandes marches qui lient la place à la gare sont en réalité le toit du parking).

A terme, le parking possédera une capacité de stockage de 12.500 vélos ! Toutefois, seule une partie a été terminée pouvant déjà recevoir 4200 bicyclettes. Frans Jan me confie qu'un troisième parking est à l'étude qui portera la capacité totale à 22.000, rien que ça.

Une ville à vélo

Nous longeons le canal extérieur (canal qui relie Amsterdam au Rhin) sur Leidseweg, une large fietstraat, une rue vélo donc, où les automobilistes n'ont pas priorité et doivent donc rester derrière les cyclistes, qui peuvent rouler à plusieurs de front.

"Dans cette rue, les propriétaires ont vu d'un très mauvais œil la création d'une rue vélo.
Aujourd'hui, ils sont plus que satisfait de la réfection, de l'embellissement, de la tranquillité de la rue, et encore plus du fait que le prix de leur maison a considérablement augmenté !
" nous indique Frans Jan.

Il est, comme tout bon militant vélo, persuadé que pacifier les rues pour les rendre aux piétons et aux cyclistes, est, non seulement bon pour redonner vie à un espace, mais que c'est également bon pour son économie. S'en suit une conversation sur les différentes études faites notamment en Amérique du nord, où les commerces qui bordent des voies cyclables fréquentées ont vu leur chiffre d'affaire quadruplé. Lire notre article sur la "véloconomie" ci-dessous.

Nous arrivons au bout de Everard Meijsterlaan. Cette petite rue résidentielle à l'ouest de la ville stoppe sur une école primaire. De l'autre côté, le canal. Il manquait justement à cet endroit un passage pour atteindre l'autre côté de la voie d'eau.

Le néerlandais est pragmatique. Plutôt que de contourner l'école, passons par dessus ! C'est comme ça que l'on se retrouve avec un aménagement cyclable extrêmement ludique. Un cheminement tout en courbe pour rattraper le niveau du pont, exclusivement piéton et vélo, lui aussi flambant neuf. Des infrastructures qui feraient pâlir d'envie n'importe quel cycliste urbain français, mais qui sont monnaie courante ici.

Des infrastructures qui d'ailleurs bénéficient toujours d'un revêtement de couleur rouge brique. Et Frans Jan y tient. Pour lui, cela facilite la reconnaissance (et le respect) d'une zone cyclable, autant par les cyclistes que par les autres usagers.

Petit lapin

Quand on dispose d'un budget confortable, on n'hésite pas à se laisser aller à quelques expérimentations. J'avais découvert le système FLO précédemment mais je le teste en vrai, alors que nous prenons le chemin du retour par la piste cyclable sur Amsterdamsestraatweg (l'artère dont je parlais en tout début d'article). Développé par une entreprise ici-même à Utrecht, il s'agit d'une borne, située une cinquantaine de mètre avant un feu, et dotée d'un capteur analysant la vitesse du cycliste.

La borne utilise un principe de pictogrammes animés pour donner un conseil aux cyclistes :

- "Pouce vers le haut": Tu es à la bonne vitesse pour avoir le feu vert, conserve ta vitesse.
- "Lapin qui court": C'est encore jouable pour avoir le feu vert, mais il va falloir accélérer un peu !
- "Vache qui se couche": Pas la peine d'y penser, tu n'auras pas le vert, alors ralenti et profite du paysage !

C'est ludique, et ça fonctionne parfaitement. Il m'a suffit de rester dix minutes devant pour constater que chaque cycliste passant devant la borne appliquait le conseil du système. Il existe à Copenhague un principe similaire basé sur des bornes LED et un système de lumières (la vague verte).

Nous ponctuons notre après-midi par une bière et quelques grignotages locaux, sur une terrasse donnant directement sur la piste cyclable Vredenburg, la plus fréquentée de la ville ... voire du monde. En moyenne, ce sont quelques 33.000 cyclistes qui circulent quotidiennement sur celle-ci. Une pointe avait été enregistrée l'année dernière à 37.000 passages...

Bref, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup apprécié cette ville d'Utrecht. On ressent là-bas l'atmosphère d'une ville non seulement cyclable, évidemment, mais aussi d'une ville vivable et vivante.

Moins envahie de touristes que sa voisine Amsterdam, la cité, très dynamique économiquement et culturellement, se transforme. Mais elle n'en oublie pas pour autant son passé, et surtout qu'une ville c'est avant tout des hommes, des femmes et des enfants qui se déplacent à l'intérieur de l'agglomération. Une ville qui mérite largement sa seconde place des villes les plus cyclables de la planète selon l'index 2017 du cabinet Copenhagenize :

Certes, cela reste une petite agglomération, qui ne fait pas face aux mêmes problématiques urbaines qu'une grande métropole. Mais tout cela n'est finalement qu'une question d'échelle, de culture, de mentalité, mais par-dessus tout, de courage politique…

Je remercie l'office de tourisme ainsi que la ville d'Utrecht d'avoir aidé à la réalisation de ce voyage de presse. Grand merci également à mes deux sympathiques guides de la journée, Edwyn, guide indépendant et grand connaisseur d'Utrecht, et Frans Jan, le "Monsieur Vélo" de la ville.

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