Réflexion : Se déplacer à vélo est-il un luxe ?

1 juin 2016

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Voilà bien une réflexion que je ne pensais pas avoir, mais soulevée il y a quelques temps par le quotidien belge Le Vif, et qui vous a fait vivement réagir sur notre page Facebook (+ de 9000 vues et plus de 40 partages sur le post).

Le déplacement à vélo serait-il en passe de devenir un nouveau privilège de nanti ? Le sens de cette réflexion s'axe surtout sur un fait : tout comme la cigarette, la voiture est devenue une addiction, à laquelle encore de nombreuses personnes restent accroc (Les récentes pénuries de carburant nous l'ont à nouveau prouvé de façon flagrante), mais dont le coût financier devient de plus en plus insupportable.

La bicyclette comme nouveau marqueur social

24213134729_e70b4d8194_kOK, donc si on résume, si je suis un cycliste, de surcroît non-fumeur, se pourrait-il que je fasse parti des nantis de ma ville ?!

Evidemment non. Mais l'économie substantielle que vous en tirez pourrait ne pas être à négliger, d'autant que depuis peu, a été officialisé l'indemnité kilométrique vélo (non, les vacances sous les tropiques ne sont pas pour bientôt).

Mais toujours est-il, jetons un pavé dans la mare, que se déplacer à vélo reste globalement un privilège de citadin. Car, pendant plus de quarante ans de politique pro-voiture et d'étalement urbain qui a suivi, force est de constater que les solutions de mobilité qui s'offrent aux banlieusards, se sont réduites à peau de chagrin.

Dans certains endroits, l'offre de transports en communs est quasi-inexistante. A lire sur le blog d'Olivier Razemon : Les transports publics, toujours plus chers, toujours moins rentables.

La voiture reste (malheureusement) une réponse parfaitement adaptée pour eux. Le problème étant, qu'ils sont des millions à recourir à cette "solution de facilité" pour rallier la ville, engendrant par la même occasion un engorgement massif des voies routières entrantes de nos chères citées.

Le citadin cycliste, lui, fait fi des problèmes de son congénère motorisé, puisque il à le "privilège" de pouvoir se déplacer intra-muros à sa guise, mains sur le guidon et cheveux aux vent.

Reste dans ta campagne !

Les rurbains, ceux qui sont donc éloignés des villes, ne l'ont pas tous fait par choix. La pression du coût financier trop important d'un habitat en ville figure souvent parmi les arguments avancé d'un éloignement du lieu de travail.

Une sérénité retrouvée dans un petit pavillon propret, acheté à crédit, avec quelques centaines de m² de pelouse, et, cerise sur le gâteau, la possibilité d'avoir un chien...

Ce que ce nouveau "campagnard" a également gagné au passage : "l'absolue nécessité" de posséder une voiture, et même souvent deux pour un couple. Et avec cela, des heures et des heures cumulées d'embouteillages tout au long de l'année pour se rendre au travail.

Ces dernières décennies ont vu naître des générations entières d'automobilistes pavillonnaires. Ce fléau à un nom : l'autosolisme.

Cette pathologie, pourtant sérieuse, passe aujourd'hui pour totalement bénigne et sans danger. Elle est pourtant une addiction grave, à l'origine de la saturation du trafic dans toutes nos agglomérations et de bon nombre de problèmes sanitaires (Pollution de l'air, manque d'activité physique...).

Les entreprises doivent s'adapter

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Dans cette problématique, c'est aussi la responsabilité sociétale des entreprises qui est mise en cause. Si autant de salariés envahissent les villes, seuls à bord de leur voiture privée, c'est que les compagnies qui les emploient refusent d'adapter les conditions de travail.

La solution ne tient pas du miracle. Il suffirait pour cela de modifier les horaires de travail en invitant les employés, notamment dans le tertiaire, à travailler différemment, en horaires décalées, ou bien encourager la pratique du télétravail une partie de la semaine.

Les infrastructures sont également à remettre en cause. Bien peu d'employés de bureau bénéficient aujourd'hui d'un garage vélo sécurisé, et encore moins d'un vestiaire et d'une douche à l'arrivée.

Celui qui jouit de tous ces avantages, est aujourd'hui un salarié nanti, qui travaille dans des conditions qu'on pourrait qualifier de "luxueuses". (A lire ici l'expérience d'une entreprise dans la Drôme).

La fin de la voiture individuelle

La possession d'une voiture n'est donc plus la panacée. Ce marqueur, synonyme de réussite sociale et de richesse, est devenu, selon une étude récente réalisée par un comparateur auto, un lourd fardeau financier.

Entre coût de l'assurance, coût de l'entretien, faux frais (stationnement, péage...) et bien entendu coût du carburant, ce véhicule de "liberté", comme les publicistes aiment vous le vendre, est devenu un piège dont il est difficile de se sortir, d'autant plus lorsque vous résidez loin de toutes autres solutions de mobilité.

Parmi les plus jeunes, posséder une voiture ne fait plus partie des priorités de leur vie future. Contactée par la rédaction, la Fédération Nationale des Enseignants de la Conduite (FNEC), n'a pas donné suite à notre demande de statistiques sur le nombre de jeunes passant leur permis chaque année, et si ils constataient globalement une baisse ou une augmentation.

D'autres pays l'ont fait, comme la Belgique ou la Suisse. Et le constat est bien là : Dans ce deux pays, la proportion des 18 - 24 ans passant le permis de conduire est en baisse continue, de l'ordre de 20% depuis le début des années 2000.

Cher, sans intérêt, trop de responsabilité, le permis de conduire et, par conséquent, la possession d'une voiture, ont perdu de leur superbe.

A cela, les jeunes privilégient aujourd'hui les transports en communs, les solutions alternatives comme l'autopartage ou le covoiturage, et, bien entendu, le vélo.

La solution vélo

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Est-il utile de conclure cet article sur tout le bien que nous pensons du vélo ... ? Je ne le crois pas. Mais réitérons notre affirmation : Oui, le vélo est un luxe, car il est difficile de l'imposer comme un moyen de transport par défaut pour une majorité de la population, surtout celle qui s'est éloignée, de gré ou de force, des centres-ville.

Et c'est là que rentre en ligne de compte la responsabilité de nos chers élus. Mettre davantage de gens sur un vélo, urbains comme rurbains, ne passera pas par des petites subventions, des courtes journées de mobilisation ou de timides campagnes de promotion (quand elles existent).

Il faut mettre en oeuvre une politique vélo courageuse, qui aura pour objectif de (re)mettre en oeuvre un réseau cyclable important, cohérent et sans coupures, permettant à tout un chacun de rejoindre un point A à un point B facilement et en sécurité. Comme on le dit souvent, construisez-les et ils viendront...

Dans ce cas présent, le vélo n'est plus seulement un instrument de loisir, il devient un enjeu sociétal, une solution de santé publique et même un vecteur de croissance.

Pour aller plus loin dans la réflexion, je vous invite à lire ce très bon article paru dans "Les cahiers de médiologie" et publié sur le portail de sciences humaines et sociales Cairn.info.

Crédits photos : Henrik JohanssonTMimages PDXMarkus Meier.

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  • zouc

    La sacrée sainte voiture ; les français sont attachés à leur voiture ....... Changer les mentalités ; les faire évoluer doucement ... un long travail .... Mais la mobilité douce est en marche et rien ne pourra l'arrêter...

  • remi echerbault

    Juste pour la précision 60% de la population Française vit en proche périphérie des villes.
    Le cycliste urbain fait de lui meme un choix de restreindre sa mobilité au profit d'un usage différent de son salaire (location d'un appartement, pas d'assurance voiture, ect...).
    Le cycliste péri-urbain lui (ou elle), se voit bien souvent spolier de son droit a la mobilité.
    Certe les voies vertes sont nombreuses, mais combien d'entres elles débouchent sur des pistes cyclables en ville?
    L'IKV ne pourra se mettre en place dans les petites agglomération ou les villes périphérique que lorsque l'on aura un vrai plan de mobilité vélo hors agglomération, des voies sécurisées entre les "banlieue dortoir" et les centres villes, des parking à vélo dans toutes les gares,...
    Le cyclisme urbain est bien entendu une réponse à la crise du transport mais il ne faut surtout pas oublier le reste du territoire.

  • Biking Duckman

    C'est une question de priorités... La ville concentre la majorité de la population, la majorité de la congestion des voies et la majorité des trajets où le vélo est le mode optimal en termes de vitesse et de praticité.
    Qui plus est, autant la fonction d'autorité organisatrice de transport (AOT pour les intimes) est bien intégrée par les communes et inter-communalités, autant elle ne l'est pas par les départements et régions. L'interurbain (pour les départements) et le moyen-courrier (pour les régions) sont encore très axés sur les solutions "traditionnelles", respectivement les cars et le train, qui sont de fait bien souvent les solutions les plus rationnelles pour leur rayon d'action. Les interco' plutôt rurales n'ont quant à elles pas les moyens, et souvent pas la compétence...

    Pour reprendre certains détails que vous évoquez :
    * Les parkings à vélo en gare sont déjà quasi-omniprésents (c'est une contrainte légale). La SNCF, les régions et les communes ont fait beaucoup d'efforts ces dernières années en la matière. Ca a d'ailleurs coûté une réduction des emplacements vélo à bord des trains... On pourrait discuter de la qualité et parfois du nombre de ces parkings, mais l'effort est réel.
    * L'IKV peut se mettre en place partout. Si une entreprise est motivée pour la mettre en oeuvre, nul doute qu'elle pourra entraîner les autres acteurs du vélo dans la foulée! Mais encore faut-il que l'entreprise soit partante... A contrario, j'ai un très sérieux doute que d'avoir des voies et des équipements poussent les entreprises à adopter l'IKV. Ca incitera peut-être les travailleurs à pédaler, mais l'effet sur les entreprises sera très vraisemblablement mineur.

  • Lalicorneavélo

    Trés clairement les salariés des entreprises concernées sont en attente d'infrastructures leurs permettant l'accés à leurs travail.
    Et plus les travailleurs pédalerons (voir leur patron également) plus le vélo sera pris en compte dans les déplacements quotidien par les entreprises.
    L'exemple éxiste sur de petites entreprises qui on fait l'effort, accompagné par des association, d'un parking a vélo, d'une douche, d'une demande de prise en compte du vélo par la voirie local.
    Malheureusement pour l'IKV, trés peu d'acteurs de la mise en place de l'Indémnité sont à meme de prendre contact avec ces entreprises.
    Au niveau rural les supports (formation des acteurs associatifs,...) sonts inexistants ou trés difficile d'accés (formations de la FUB à la rochelle lorsque le bénévole de l'asso vit en Picardie, doit prendre un congé, ect...).
    Ce sonts principalement ces problemes qui constituent un frein au vélo en milieu rural ou péri-urbain.
    Aprés on peut parler des difficultés locale..., je ne fait qu'énumérer ce que tout le monde sait: c'est un travail long et difficile pour tout le monde.
    Mais à mon sens la décongestion des villes passe par la décentralisation des bassins économiques et la mobilité simplifié pour tous et non pas seulement "prioritairement" en ville-par-ce-que-ça-fait-des-bouchons.

  • Biking Duckman

    Ah, oui, on peut redessiner la France, éclater les métropoles au profit des "arrières-pays". Mais là, on parlerait d'un temps très long...
    Immédiatement, les problèmes sont en ville, les cyclistes sont en ville. C'est un fait, et il faut faire avec.
    Même si c'est dommageable pour quelques uns, et qu'il y a effectivement un certain potentiel de développement, le vélo rural et interurbain est et restera minoritaire, quels que soient les efforts.
    La Rochelle n'est peut-être pas un site qui plait aux Picards, mais il plait aux Bretons, aux Aquitains et aux Pyrénéens...
    Quant au fait que les infrastructures feront bouger les entreprises, je doute. Des entreprises qui font bouger les collectivités, en revanche, ça s'est déjà vu, assez souvent d'ailleurs.
    'fin bref, comme vous dîtes, c'est pas pour demain, et il faut que tout le monde s'y attèle.

  • Winfried

    Ils font le choix d'aller vivre dans un pavillon en grande banlieue plutôt qu'un appartement en ville ou proche banlieue. Qu'ils ne viennent pas ensuite se plaindre d'être devenu totalement dépendant de la bagnole. Chaque situation a ses avantages et ses inconvénients.

    Et si on peut donner un conseil à ces habitants de grande banlieue : dépêchez-vous de vendre la baraque et de vous relocaliser plus près de la ville, près d'une gare…
    http://www.youtube.com/watch?v=N4HIuCistCY

    Incidemment, il existe une troisième option : le multi-modal. 2-3km en vélo jusqu'à la gare, je plie mon vélo ou j'attache mon grande vélo, je prends le train/autocar, à l'arrivée, je déplie mon vélo ou je prends mon second grand vélo laissé à la gare, et je finis mon voyage. Pour la grande majorité des travailleurs, le multimodal en France relève encore de la science-fiction.