Fixie, pignon fixe, fixed gear…pamphlet sur une idée fixe

Fixie, pignon fixe, fixed gear…pamphlet sur une idée fixe

27 août 2009

Makwa, coursier à vélo sur Paris. m'a fait parvenir ce texte pour nous donner son avis sur cette 'tendance' du vélo à pignon fixe en France.

Tout le monde aura remarqué la prolifération sidérante du « fixie » à Paris depuis un an, et bien sûr, beaucoup s’interrogent. Le vélo de piste ou vélo à pignon fixe est d’abord différent d’un vélo ordinaire sur le plan technique, mais cette différence lui permet aussi d’atteindre à une pureté esthétique à laquelle il doit une grande partie de son succès.

"...officiellement, ce type de vélo n’est plus utilisé aujourd’hui que sur les vélodromes..."

Sa particularité  est de ne pas posséder de roue libre, contrairement à tous les vélos depuis un siècle, la roue libre étant le mécanisme qui permet d’arrêter de pédaler tout en continuant à rouler ; officiellement, ce type de vélo n’est plus utilisé aujourd’hui que sur les vélodromes. Sont donc exclus le dérailleur, les vitesses, et en principe les freins ; le pédalier est en effet solidarisé à la roue arrière par la chaine ; tant que la roue tourne il est impossible de s’arrêter de pédaler, ce qui veut dire aussi que l’on peut ralentir voire bloquer la roue arrière avec le seul mouvement des jambes, et par suite s’arrêter totalement sans système de freinage particulier.

D’où cette sensation de contrôle total du vélo tant appréciée des aficionados de tout bord que vous voyez aujourd’hui circuler en ville sur ce genre d’engin. Le vélo devient comme une partie du corps, l’expérience est intense et les sensations musculaires aussi agréables qu’étonnantes ; vous vous devez cependant de rester totalement concentré au risque de vous voir éjecté du vélo si vous arrêtez de pédaler.

"...il fait de toute côte un calvaire et de toute descente un suicide..."

En terme d’effort, l’avantage de ce type de transmission est de procurer une grande inertie au vélo, c’est-à-dire qu’à chaque coup de pédale, en plus de l’inertie propre à tout corps en mouvement, s’ajoute celle de la roue arrière qui, continuant de tourner, « pousse » le pédalier tandis que vous l’actionnez encore. D’où une grande puissance au démarrage et à la relance, avec un peu la sensation d’être assisté d’un moteur électrique, et la raison pour laquelle le pignon fixe n’a jamais été abandonné sur les vélodromes, car cette force additionnelle permet d’entrainer un braquet et donc une vitesse plus élevé que ne le permet une roue libre dans les mêmes conditions. Reste que sur tout autre terrain, si le pignon fixe peut aider à passer certains « faux-plats », avec un seul et unique braquet, sans roue libre, il fait de toute côte un calvaire et de toute descente un suicide.

L’usage du fixie en ville est donc un parfait exemple de contre-emploi, pour beaucoup motivé par un effet de mode et son indéniable pureté esthétique. Si ce n’est en ce qui concerne la relance, l’essentiel du pilotage en ville consiste effectivement en freinage, virage, montée, descente… tout le contraire d’une piste en bois lisse et plate comme un billard, et surtout libre de toute circulation.

"...nos genoux ne sont pas fait pour cela..."

Ajoutez à cela que la géométrie ou la forme de ces vélos est d’ordinaire tellement compacte que le bout du pied vient toucher la roue avant lorsque l’on tourne, et que cette fameuse inertie qui vous aide au démarrage n’étant pas débrayable, cette sensation de poussée se prolonge au moment même ou vous devez ralentir. A tel point que les entraineurs de piste déconseillent le freinage violent, qui nécessite l’effort inverse d’une accélération, c’est-à-dire d’appuyer sur la pédale à la montée et de la retenir à la descente, et nos genoux ne sont pas fait pour cela.

Un grand nombre de pignons fixes urbains sont donc intelligemment équipés de freins ordinaires, ce qui garantit à l’utilisateur une sécurité nettement accrue sans risque pour ses articulations, sans le priver non plus de la sensation originale puisqu’il roule sur un véritable pignon fixe ; à cet effet, la plupart des marques commercialisant des vélos de ce type (Cinelli, Specialized, Cannondale) les distribuent avec les freins, laissant libre choix au cycliste de les enlever par la suite.

"...les chinois ont d’ores et déjà investi ce marché..."

Pour la petite histoire, l’usage urbain du vélo de piste est à l’origine une idée des premiers coursiers à vélo new-yorkais, pour la simple raison que ces vélos peuvent se bricoler assez facilement sur la base d’un vieux vélo de route, demandant alors peu d’entretien ou de réglage et coutant beaucoup moins cher qu’un vélo complet. C’est d’ailleurs à l’image de ces célèbrissimes pionniers que tant d’amateurs parisiens s’équipent aujourd’hui de pignons fixes, la mode étant même de pousser la ressemblance jusqu’à utiliser les mêmes sacs, les mêmes antivols, vêtements et autres accessoires. A cette différence près que les pièces étant toujours aussi peu nombreuses, il n’existe pas d’entrée de gamme dans le matériel de piste, et la mode aidant, ces vélos s’arrachent aujourd’hui à des prix dépassant souvent celui d’un vélo de course de qualité égale.

Néanmoins, les chinois ont d’ores et déjà investi ce marché et l’on trouve aujourd’hui dans certains magasins des fixies complets pour le prix d’une roue avant… qui sont au pignon fixe ce que les vélos de supermarché sont au vélo de ville...

Crédits photos : Bike Portland, Wa.pean, Marine Girl.

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  • m_kton

    Bien bien bien ce résumé, et très bien écrit! c'est pas mal de décrire l'aspect "mode" du fixie, et les détails sur les genoux/les freins.

    Au sujet des accessoires, faut pas oublier le côté pratique et adaptés de ceux-ci qui justifient leur succès pour les cyclistes quotidiens, bien au delà de la ressemblance avec le messenger.

    J'ai personnellement hâte que les fixies deviennent communs et de pouvoir rouler sans avoir l'air "in", même avec un messenger bag.

  • phgiraud

    Merci pour ce très bon article, j'y vois enfin plus clair sur le sujet!

  • Fanfoué

    Très bien écrit, pédagogique et un brin sacarcastique, j'adore!

  • Lcf

    Idem, c'est très bon!
    Par contre, pour les vendeurs, c'est juste que le Code de la Route les y oblige (un vélo doit avoir deux systèmes de freinage distincts, donc même si l'on considère le pignon comme un premier, il faut au moins une poignée... en théorie).

  • bon article...
    et l'allusion aux "Suicide hub" est excellente :-)

  • Par contre, étant passé, pour mon velotaf, du VTT (donc, dérailleur et roue libre qui cliquètent) au fixie/flipflop, j'ai constaté que la sonnette devient obligatoire : les piétons ne vous entendent PAS arriver... et j'ai failli m'en manger qq'uns...

  • duss

    "(un vélo doit avoir deux systèmes de freinage distincts, donc même si l’on considère le pignon comme un premier, il faut au moins une poignée… en théorie)"

    --> heureusement que c'est obligé ! et j'espère bien qu'il y aura rapidement de la grosse répression contre les brackless... c'est super dangereux en ville, la roue arrière déjà quand t'as tout ton poids dessus avec un freinage super dosé en freins hydrauliques ca freine que dalle, mais alors quand tas les couilles sur la potence et que t'es en dérapage, c'est sur que c'est joli, mais c'est de bien trop dangereux... tu t'arrête sur une distance énorme avec ca, pour faire un freinage d'urgence c'est rapé...

  • Lo

    Personnellement, je trouve qu'il manque des informations et des avertissements dans cet article.

    Pour répondre à Duss: c'est pour ça que le fixie demande une concentration réelle et de tous les instants! Tu ne roules pas sur un fixie comme tu le fais sur un vélo "hollandais".

    Tu dois toujours avoir une vision dans le futur en portant ton regard beaucoup plus loin que la simple voiture que tu suis.

    Il faut aussi être créatif et rapide pour trouver des "trajets" alternatifs si quelque chose se passe devant toi.

    C'est donc une conduite exigeante, et risquée si tu ne respectes pas tes limites, mais très zen!

    L'absence de frein t'oblige à concerver une fluidité dans ta conduite, penser en amont, être créatif et être focusé.

    Alors que les freins te sécurisent et donc t'empêchent de penser différemment. C'est la voie "facile" (je ne suis pas pour le brakeless pour tous, c'est juste une autre façon de faire les choses qu'il faut respecter).

    Personnellement, j'ai un frein avant en cas d'urgence si j'ai la chaîne qui casse ou autre. Et cela simplement parce que je n'ai pas envie de devoir mettre mon pied sur la roue arrière pour m'arrêter surtout quand j'arrive à bonne vitesse sur un carrefour sans visibilité. Cependant, c'est un choix personnel dicté par mes limites. J'ai d'autres amis qui roulent brakeless parce qu'avec les années, ils ont accumulé l'expérience suffisante dans des situations difficiles.

  • Pingback: New Look, sacs et sacoches pour tous les goûts, Weelz.fr Le 1er Magazine Web du Vélo Urbain, Vélo de ville()

  • naok

    Posté par Lo
    Tu dois toujours avoir une vision dans le futur en portant ton regard beaucoup plus loin que la simple voiture que tu suis.

    Il faut aussi être créatif et rapide pour trouver des "trajets" alternatifs si quelque chose se passe devant toi.

    C'est donc une conduite exigeante, et risquée si tu ne respectes pas tes limites, mais très zen!

    L'absence de frein t'oblige à concerver une fluidité dans ta conduite, penser en amont, être créatif et être focusé.

    Alors que les freins te sécurisent et donc t'empêchent de penser différemment. C'est la voie "facile" (je ne suis pas pour le brakeless pour tous, c'est juste une autre façon de faire les choses qu'il faut respecter).

    Oui, bien sûr; des freins? pour quoi faire?
    D'ailleurs je vote pour qu'on invente un système similaire pour les voitures. Cela obligerait l'automobiliste à être vigilant.
    patati patata...
    mdr

  • Vincent

    Cette frénésie autour du fixe me donnerait presque envie d'arrêter après seulement un mois de pratique (après avoir vomi).
    Entre ceux qui en font parce que c'est hype, ou "in" (ou ce que vous voulez) et ceux qui sont anti juste parce que ça le fait d'être contre (ça fait anti-"bobo", et ça aussi c'est à la mode. Comme d'être anti PC ou anti Mac, vous me suivez ?), c'est à vous dégouter.

    Bref, oui il y a des types qui font ça parce que c'est la mode, oui c'est dangereux de rouler sans frein avant (je suis contre personnellement), mais c'est vrai aussi que le fixe c'est beaucoup de plaisir à rouler, c'est très différent du vélo freins+roue libre à cause de cette inertie et de ce besoin de rester le plus fluide possible. Comparer un vélo qu'on peut ralentir et faire déraper avec une voiture, là, bravo.

    Quand je faisais du monocycle sans freins, sans roue libre, sans guidon, sans deuxième roue, sans pignon (pas de démultiplication), sans cales pieds, personne ne venait me gonfler pour me dire que j'étais inconscient et que je le faisais pour être original. Grrrr. Buzz et effet de mode, quand vous nous tenez...

    ps: il parait que les iphone explosent.

  • Vincent

    @Duss: pourquoi pas pour la repression des mecs qui roulent sans freins. Enfin, je veux dire : je m'en moque.

    Mais il ne faut pas exagérer : le skid (freiner en bloquant la roue et en dérapant), ça ne se fait pas en posant ses bourses sur la potence, sauf si c'est pour s'amuser à aller le plus loin possible. Pour faire ça efficacement, il faut mettre du poids sur la roue arrière pour que le freinage soit un minimum efficace.

  • Lo

    @naok -

    Ce ne serait pas une idée si bête d'adapter le système au voiture... au moins les automobilistes rouleraient plus prudemment et moins vite (s'il devait pédaler pour freiner)

    Mais alors, pourquoi ne pas simplement pousser les automobilistes à rouler à vélo! Il y aurait moins d'accident! (cfr http://www.lemonde.fr/aujourd-....._3238.html)

    :-D

  • John

    J'aime bien le message de Lo, il est presque poétique, on dirait un enfant qui vient de découvrir un nouveau jouet et qui n'arrête pas d'en vanter les mérites.
    Bien entendu le fixie est un objet vraiment beau avec des sensation différentes d'un vélo classique (que certains appellent "hollandais") mais il est également terriblement dangereux, surtout en ville. Arrêtez de dire que vous maitrisez les trajectoires et voyez le danger avant qu'il n'existe. Un fixie reste un vélo et roule au milieu de voitures, de scooters, d'autres vélos et surtout de piétons et cela par tous temps.
    Ça me fait penser au conducteurs de scooters qui ne se sont jamais croutés par temps de pluie et qui roulent comme des tarés. Je prie pour qu'il ne leur arrive rien et surtout qu'ils ne fassent mal à personne le jour où ils glisseront.

    Amusez-vous avec les fixies, prenez votre pied mais restez conscients que vous n'êtes pas seuls sur la route. Un frein avant n'est pas un surplus et il peut très bien s'intégrer à la ligne du vélo.

  • Lcf

    Zen, zen!
    Dans certains pays les feux vélos à un carrefour sont tous verts en même temps (avant de voir ça en France on peut rêver, puisque il est bien connu que le port du casque protège de tout même de la faim dans le monde), ce qui prouve bien qu'on peut s'entendre même entre une draisienne fixie de 40 kgs sans freins à roues en bois et un VTT titane de 8 kg à freins à triple circuit hydraulique, disques de 300 mm et 8 pistons :-)
    Le seul danger réel pour moi ne vient pas des mecs qui ont très souvent une grande expérience de la circulation et sont devenus brakeless à leur rythme, c'est que des vélibiens récemment convertis se disent "je passe au fixie passque c'est hype" directement après 2 semaines de Vélib... et pour connaître des brakelessiens, ils préfèreraient tous se jeter sous un bus que de renverser un gamin (pour une mamie faut voir) et ils ont les moyens de le faire côté maîtrise, mais ça n'arrangerait pas non plus le chauffeur de bus... bref brakeless ou pas du moment qu'on roule assez zen pour l'état de la circulation à un instant T je ne vois pas de souci.

  • concernant les breakless....si je veux taper deux trois barspin je vois pas comment faire autrement quand enlevant les freins.
    Le fixe est dangereux mais honnêtement si ça ne l'était pas un peu, je ne verrai pas grand intéret à la chose (comme le mountainboard, le mono, le skate, le snow ou autres sports à risques).

    Lorsque mon vélo ramasse et que je dois prendre un vélo'v....je me sens obligé de rythmer mon parcours en slalomant entre les voitures sur la roue arrière.

    Dans tous les cas je fait d'avantage attention aux piètons qui sont le plus à même de ramasser. Pour les auto-mobilistes....rien à faire et si un rétro pète de temps en temps et ben c'est tant pis pour eux. La ville devrait être interdite aux engins à moteur et puis voilà.
    Loin du côté hype il y a aussi les cyclistes ravagés qui ne respectent rien et j'en fait partie (ça m'amuse beaucoup).
    Le fixe est juste une nouvelle manière pour les riders de s'exprimer!!!
    le but n'étant pas de rallier les masses, toute mauvaise ou bonne publicité ne sert à rien ^^

  • greg

    Ce que Lo a dit est trés sensé, je partage son point de vue à 100% (roulant également brakeless). Malheureusement, peu de gens sont capable de comprendre un tel mode de pensée... Et au lieu de s'énerver derrière leur claviers, peut-etre devraient ils essayer d'aller discuter en vrai avec un mec qui roule en brakeless, autour d'une biere bien fraiche...