3630917705_8b007a9532_b

Aménagement cyclable, réflexion sur un juste mélange des usages

16 décembre 2015

Une réflexion sur la réelle nécessité d'un aménagement cyclable systématique.

3630917705_8b007a9532_b

Il y a quelques années encore, j'étais un fervent défenseur de la piste cyclable sécurisée. Mais depuis ce que l'on pourrait nommer le boom du vélo en ville, j'avoue que mon opinion à ce sujet se voit un peu bousculé. Explications...

Effet masse critique

"Plus il y a de cyclistes, moins il y a d'accident"

Weelz.fr n'est pas un parvenu. Voilà bien longtemps que moi-même, et les excellents pigistes qui collaborent avec le magazine, nous déplaçons à vélo, et sommes convaincu par ce mode de transport vertueux.

Mais alors qu'il y a encore quelques années, nous nous sentions bien seul sur nos selles, à arpenter les rues de nos villes, aujourd'hui, force est de constater que nombreux sont les cyclistes venus grossir nos rangs.

Weelz-Trip-Copenhague-Cyclistes-Urbains (13)

Même si nous sommes encore loin d'atteindre les chiffres des pays nord-européens, cet afflux, amène indubitablement vers un fait, que de nombreuses études sont venues corroborer : plus il y a de cyclistes, moins il y a d'accident.

Autrement dit, un nombre conséquent de cyclistes sur la voirie, amène intrinsèquement les autres usagers de la route (voiture, camion, moto...) à plus de prudence envers leurs confrères à deux roues sans moteur.

Alors, même si les incivilités (et l'absence de cerveaux) de certains usagers motorisés restent toujours à déplorer, on observe tout de même un apaisement global des comportements routiers.

Effet VLS

Décontracté en vélib, balade en cherchant un restoEn France, l'effet des systèmes de vélos en libre-service n'y est bien sûr pas étranger.

Bien que cela ait mis de nombreux novices en la matière sur la chaussée, avec les mauvais agissements que cela peut parfois entraîner, ces systèmes furent, et sont encore, de formidables accélérateurs de la pratique vélurbaine.

Ailleurs, lors par exemple de nos pérégrinations en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Danemark, on constate que la présence historique du vélo en ville, a profondément modeler l'attitude et la conduite de chaque mode de déplacement, motorisé ou non, envers les autres.

Chacun porte attention à l'autre, et tout le monde sait qui a la priorité sur qui. Une attitude importante pour un savoir-vivre ensemble. Cette attitude peine encore à arriver dans notre pays de latins.

Cyclistes VS le reste du monde

"Faut-il ségréguer les cyclistes urbains ?"

Ce qui m'amène donc à cette réflexion : Faut-il ségréguer les cyclistes urbains ?

Autrement dit :  Est-il mieux aujourd'hui, alors même que les mentalités évoluent dans le bon sens pour la prise en compte de ce mode de transport, de continuer de vouloir mettre à part les cyclistes sur une voie totalement séparée ?

Comment habituer un automobiliste (ou un 2RM) à cohabiter avec des cyclistes, si les cyclistes en question possèdent leur propre voie, bien à l'abri du trafic ?

Vitesse et précipitation

Bien sûr, cet aménagement cyclable va également dépendre de la vitesse automobile autorisée sur l'axe.

En 2005, le CERTU publiait un schéma de Recommandations pour les Itinéraires Cyclables RIC, qui prend en compte la vitesse, mais aussi le volume du trafic :

RIC2005

Mais comme l'indique le schéma, un aménagement cyclable peut aussi être un excellent moyen d'apaiser une zone de circulation dense.

La bande cyclable a donc de multiples avantages :

  • Elle signale aux automobilistes la présence éventuelle de cyclistes.
  • Elle diminue la place de l'automobile et l'invite donc à ralentir.
  • Elle rappelle à l'automobiliste qu'il doit partager sa voie.
  • Elle permet au cycliste de rouler sans avoir à slalomer entre les voitures.
  • Elle force le cycliste à respecter les même signalisations que l'automobiliste.
  • Elle profite de l'entretien global de la chaussée.

Une opinion d'ailleurs partagée par la FUB, la Fédération française des Usagers de la Bicyclette :

"La bande cyclable constitue le plus souvent en milieu urbain la meilleure aide à la pratique de la bicyclette tant pour des raisons de place que d’usage et de financement."

Cette bande doit être bien entendu parfaitement visible par tout le monde. J'ai vu trop souvent ce type de bande partiellement effacé, et donc totalement invisible pour l'automobiliste.

Parfois une bonne couche de couleur et/ou couplée à des bourrelets réfléchissants, suffit parfois à rendre une bande cyclable très agréable à rouler.

14483134939_53520872c7_b

Bien entendu, ce type d'aménagement, non séparé du trafic automobile, entraîne également de mauvais comportements.

Quel cycliste urbain ne s'est pas déjà retrouver bloqué derrière une voiture, qui roulait sur la bande cyclable, volontairement ou parfois même sans s'en rendre compte ?

Parfois les voitures ont aussi la fâcheuse tendance à vous suivre de très près histoire de vous faire comprendre que vous les gênez (bien qu'en vous doublant ils s'arrêteront au prochain feu rouge...)

Et que dire bien sûr des spécialistes du "J'en ai pour 2 minutes", qui ont prit l'habitude d'utiliser les bandes cyclables comme des places de parking ... hashtag #GCUM ou #PostItPAV

CVzEuRJWIAAYJN

Quand la vitesse du trafic auto s'accélère, la piste cyclable sécurisée répond évidemment à une certaine logique de sécurisation des cyclistes.

6303931949_6363972300_bSéparée de manière nette de la voie motorisée, elle permet aux deux modes d'évoluer, sans entraves ni dangers.

Les autoroutes à vélos sont, par exemple, une excellente idée pour favoriser le déplacement à vélo, sur de plus longues distances entre les différentes communes d'une agglomération.

Londres vient d'ailleurs récemment d’inaugurer une nouvelle autoroute cyclable sur un axe de circulation dense (Oval à Pimlico) qui avait vu la mort d'un cycliste l'année précédente.

Mélange des genres

"le cycliste urbain a davantage besoin de reconnaissance que d'infrastructure"

Mais en plein cœur des centres-ville, il apparaît aujourd'hui, que le cycliste urbain a davantage besoin de reconnaissance, que d'infrastructure. C'est un changement de mentalité qui nous sera utile, et cela sera la clé pour faire venir encore plus de vélos dans nos rues.

Peut-être faut-il envisager la chose en deux étapes : tout d'abord booster la politique de mise en place d'infrastructures cyclables, afin d'accélérer le report modal de la voiture vers le vélo.

Une fois que la part modale du vélo est devenu conséquente, et que les comportements des voitures vis-à-vis des cyclistes se seront apaisés : freiner les investissements sur les voies cyclables, afin de les reporter sur des solutions utiles aux cyclistes.

Je pense notamment au stationnement vélo, qui, comme dans toutes les grandes villes cyclables, reste l'un des principaux points noirs.

En d'autres termes, on pourrait résumer cet article par : "mélangeons-nous !" (Cela n'est d'ailleurs pas valable que pour le vélo...).

Edit : suite à l'un de nos posts sur notre page Facebook, il est vrai que ce type de voies cyclables, non séparées du trafic, reste dangereuse à la vue du comportement de certains usagers motorisés, surtout pour les minots... triste constat.

On est bien sûr preneur de vos avis et expériences !

Crédits photos : F. Bisson, AUTB, @50_euros, J. Mark Dodds.

Shopping Vélo urbain

Trouvez votre bonheur chez nos partenaires shopping

Vélo urbain, vélo de ville, vélo hollandais, vélo à assistance électrique, vélo pliant, casque vélo, antivol vélo, protection pluie vélo, vêtements cycliste urbain...

LeCyclo
ProBikeShop
Wiggle FR
Alltricks

Articles relatifs
  • Mathieu Ruellan

    Avis totalement partagé. Je constate que les carrefours entre les pistes cyclables en voie propre et les automobilistes sont bien plus dangereux car les voitures n'ont pas conscience de notre existence. Les automobilistes ne sont pas habitués à faire attention à la route ET à la piste cyclable. La plupart des near-miss et des accidents dans Nantes que j'ai pour voir sont quasi tous dans cette configuration.

  • Winfried

    > Une fois que la part modale du vélo est devenu conséquente, et que les comportements des voitures vis-à-vis des cyclistes se seront apaisés : freiner les investissements sur les voies cyclables, afin de les reporter sur des solutions utiles aux cyclistes. Je pense notamment au stationnement vélo, qui, comme dans toutes les grandes villes cyclables, reste l'un des principaux points noirs.

    Vu le coût ridicule de ces aménagements par rapport à ceux dédiés aux motorisés, on peut sans problème faire les deux. Et encore plus si on abandonne des projets débiles comme le Grand Paris.

    Deux indices très éclairants sur la qualité des infrastructures cyclables :
    1. combien d'enfants et de personnes âgées?
    2. combien de gens équipés de casques/gilets fluo?

    On nous parle beaucoup de Copenhague, mais cette ville est moins cyclamicale que Groningen aux Pays-Bas: https://www.youtube.com/watch?v=cWf5fbSUNAg

  • ​Approve​

    *Xavier CADEAU*

    *Fondateur & rédacteur en chef de Weelz.fr , le web magazine du vélo urbain.*Mail : contact@weelz.fr | Mobile : 06 33 988 045 Suivez Weelz sur Facebook et sur Twitter !
    Téléchargez notre kit média ici .

    Le 16 décembre 2015 à 16:21, Disqus a écrit :

  • Merci pour ton retour Mathieu. Il est vrai que les pistes cyclables sont souvent invisibles aux yeux d'un automobiliste malheureusement, sauf si celui-ci est aussi de temps à autre un cycliste.

  • Groningen est en effet une superbe ville cyclable. Le responsable des transports était d'ailleurs présent au dernier Velocity à Nantes.
    (Merci pour le terme "cyclamicale", on aime beaucoup)

  • Necro Daemon

    Je suis auxiliaire de vie sur l'agglo de Tours et je réalise l'intégralité de mes trajets à vélo, ce qui peut m'amener à cumuler 600 à 800 Km par moi entre mon domicile et celui de chacun de mes bénéficiaires
    Ça peut paraître extrême, et d'ailleurs physiquement (tant pour moi que pour mes montures) c'est parfois rock'n'roll, mais en terme de régularité des temps de trajet, de la facilité de circulation, de l'aisance du stationnement ... et surtout financièrement je m'y retrouve.

    En lisant l'article, je me suis complètement retrouvé dans cette réflexion. Et surtout dans ce manque de reconnaissance du cycliste. Je vois les automobilistes, lorsqu'ils s'engagent dans une rue à sens unique pour eux, qui ne regardent que d'un seul côté. Et puis j'entends toutes ces piques "j'en ai pour 5 minutes", "montes sur le trottoir tu m'gène", "serres à droite, t'as rien à faire au milieu de la route", etc. Ça me bouffe !! Et le problème du cycliste vient plus de là que du manque de structures cyclable. Ces dernières ne devraient servir qu'aux trajets des plus jeunes, ou sur les portions à fort trafic motorisé (ou sur lesquels la vitesse est élevée).
    Je ne nie pas que les novices (quoi que ...) en vélo (pas toujours LS/Location) soit en partie la cause de cet agacement des usagers à moteur (et des piétons). Ils me mettent moi aussi en rogne, mais pour eux, les autorités pourraient agir via maintes mesures de sensibilisation, plus efficaces que les méthodes punitives.

    Enfin bref, aménagement cyclable, oui, mais comme vous le dites, la clef est un changement profond des mentalités et une politique franche de RÉintégration du cycle dans nos rues.

  • rssss

    En tant que cycliste urbain dans une grande ville j'ai tendance à préférer le mélange auto—vélo. Des pistes cyclables aménagés ne contribue pas à améliorer cette cohabitation.

    Nous ne pourrons jamais tout séparer et les demi—mesures n'ont jamais amélioré les choses. Oui pour des bandes cyclables visibles suffisamment large, des vibreurs en cas de franchissement et des zones pour ouverture de portière si à côté d'un stationnement.

    Une fois cette règle mise en place, la sensibilisation et l'usage quotidien feront le travail pour augmenter l'attention des autos.

    Le cycliste joue un rôle important, de bonnes pratiques (rouler à contresens de la bande cyclable est une très mauvaise image pour le cycliste) , un bon éclairage et une bonne estimation des dangers et c'est win assuré. Je ne vois pas le problème avec les plus jeunes, il suffit de ne les lâcher seul sur la route que lorsqu'ils auront le niveau, même principe que le permis.

  • Heuze

    100% d'accord sur l'importance de mettre dans la tête des automobilistes que nous sommes aussi le traffic... Hier encore, une merco (ou plutôt son propriétaire) me klaxonnait à tue-tête dans une rue étroite, m'a doublé comme un c** pour se retrouver arrêter à un feu 20m plus loin...

    Il n'est pas rare d'entendre que nous devrions être sur le trottoir. Et bien non que cela ne leur plaisent ou non le vélo a toute sa place dans les rues. Les municipalités qui bricolent des pistes cyclables sur des bouts de trottoirs ne font qu'entretenir l'idée que la rue est dangereuse pour le cycliste et que les automobilistes y sont rois.

    Ces aménagements sont pires que tous, ils rendent les cyclistes invisibles aux yeux des automobilistes, chaque carrefour, chaque sortie d'immeuble/garage sont des pièges à vélo, ils infantilisent les cyclistes qui se pensent être légitimes sur les trottoirs non aménagés. Enfin, ils sont coûteux et ralentissent l'extension/sécurisation cyclable des rues.

    Un grand OUI aux doubles sens-cyclables, à l'extension des zones 30, aux cédez-le-passage aux feux, à toutes les signalisations qui montrent que les cyclistes sont dans la rue!! Une bonne signalétique est bien plus efficace qu'un bout de piste bricolé!

  • Biquette Argentée

    Je suis de Marseille, le clou rouillé (advitam aeternam, semble-t-il)... Et bien que nos automobiliste sont aussi peu cyclamicaux que ceux des autres villes, ils semblent déjà rôdé en la matière quand à surveiller leur arrière, leur devant, leur côté et tout angle de vision autour d'eux, ne serait ce qu'à cause du scooter...

    Je reviens sur un commentaire de RSSSS ci-dessous quand à l'application des bonnes pratiques de la part des cycliste. Ceci est un de nos fer de lance dans la lutte constante quand à l'acceptation de notre mode de déplacement en ville, sur piste cyclable et hors piste cyclable.
    Rester courtois envers les piétons qui sont un public à rallier à notre cause et pratique (leur laisser la priorité avec le sourire, les rassurer)
    Ne s'engager sur la voie des bus et des taxis que si on compte non pas se trainer mais pédaler d'une allure vive pour montrer notre volonté de ne pas ralentir le traffic que de toutes les manières, nous cycliste, nous dominons!
    Eviter de mettre les autres en danger (brulage de feux intempestif, zigzag entre les poussettes, etc...)
    Et puis, aussi superficielle que cette remarque puisse l'être : avoir un peu d'allure... Prendre soin de notre bicyclette, et s'habiller en conséquence pour ne pas nous donner un air ridicule.
    Amenons les gens à vouloir faire partie de notre communauté, ou même à considérer que peut être qu'un jour...
    Toutes ces pensées emmenées par un Marseillais qui s'en fout Royalement (Ofan de Chichoune de son allure ou de la sécurité des autres. Un ancien gougniafier reconvertit avocat de notre petite Reine)

  • rssss

    Effectivement, l'image du cycliste ringard n'aide pas la cause. Être élégant et professionnels sur nos montures donne envie d'être imité.